Laurence GARNESSON

Née en 1967. Vit et travaille à Paris.

 

Laurence Garnesson expose ses œuvres depuis 1992 en France, en Italie, en Chine et au Japon.

 

« Le géant Cy Twombly est mort hier à Rome, la nouvelle est tombée ce matin. Me voici le jour même – Paris XIVème – dans l’atelier paisible et clair où Laurence Garnesson crée. Elle est là, bien vivante comme l’abstraction qu’elle réinvente et qui saute aux yeux dès que la porte s’ouvre. Ces immenses dessins à la pierre noire claquent comme des emblèmes « archaïques ». L’artiste aime ce mot et elle a bien raison. […] Des « noirs » d’une profondeur peu commune coexistent avec la précision de tracés ciselés. Laurence Garnesson dessine comme on sculpte directement sur la peau du papier. Elle laisse ainsi fuser la sensualité minérale de cette pierre d’alchimie.

 

L’oeuvre frappe par son minimalisme sulfureux et sa densité émotionnelle. Le silence s’anime devant ces grands papiers burinés, frottés, griffés, caressés, aimés. Balancement des masses noires et spontanéité des lignes comme des « Crayonnés » chers à Mallarmé. D’ailleurs, on trouvera sur un coin de table, une citation du poète qui, parlant du mystère d’écrire, suggère : « Qui l’accomplit intégralement, se retranche ! ». Idem en peinture ! […] Ce retranchement, ce travail quotidien, ce retrait, charpentent ces séries impériales toujours nommées avec vigueur (Sentinelle, Socles). « Je cherche le retour des sensations initiales » murmure l’artiste. On pense à Joan Mitchell pour l’expression inextricablement liée à l’émotion. Puis, pour les majestueux diptyques, on songe aux recherches électroacoustiques où les musiciens puisèrent à la source du son, au plus près de la matière sonore. Cette source fluide ou torrentielle, ces confluences, ces déclivités parfois contrariées inventent chez Garnesson des chemins de traverses. On est alors saisi par cette fréation dont les conflits d’énergie –« la dualité » corrigera l’artiste – trouvent résolution dans l’acte de peindre : effréné et concis, improvisé quoique prémédité.

 

« Entre conscient et inconscient », l’œuvre est sur le fil, en équilibre. Celle qui signe d’un seul trait Garnesson est l’auteure d’une œuvre que nous découvrons dans sa plénitude, tant elle fait identité dans les signes qu’elle met en place. Inlassablement, Laurence Gernesson avance. Elle a désormais sa marque de fabrique, une palette obstinée et un rythme multi temporel, fait de ruptures et de contre-temps qui sonnent toujours dans une modernité vraie. Vivante, vibrante, vitale. »

 

Antoine CAMPO