Du 7 novembre 2019 au 25 janvier 2020

Hans Silvester est né en 1938 à Lörrach en Allemagne. Premières photos à l’âge de 14 ans. Diplômé de l’école de Fribourg en 1955, il voyage à travers l’Europe et sa première publication est un livre pour enfants sur la vie d’une famille d’écureuils : déjà se manifestent cet amour de la nature et des animaux et ce souci de l’écologie qui ne le quitteront plus.

Infatigable voyageur, le photographe et militant écologiste Hans Silvester s’est rendu trente-cinq fois dans la vallée de l’Omo en Éthiopie. Il confronte aujourd’hui sa série mythique, les Habits de la nature, révélant les peintures corporelles et parures végétales de très jeunes bergers, à des images tout aussi sidérantes : leur entrée dans l’âge adulte et sa violence endémique. Une claque.

Son histoire, avant même de débuter, avait des millions d’années. Parti sur les traces de Lucy et d’hominidés plus anciens encore, Hans Silvester a bifurqué. Le photoreporter allemand a préféré quitter les rares pistes éthiopiennes pour gagner la vallée de l’Omo (du nom d’une longue rivière), à la frontière du Kenya et du Sud-Soudan, particulièrement riche en gisements paléontologiques. Une terre d’éleveurs semi-nomades, au creux du grand Rift, encore très difficile d’accès.

C’était en 2002, une éternité. Ce qu’il a alors vu n’existe presque plus. Une Arcadie africaine, où la nature se fait exubérante parure, où de jeunes bergers, parfois hauts comme trois pommes, sont à la fois artistes et œuvres. Des enfants-fleurs au au corps nu peint du bout des doigts, comme aimait à le faire Picasso, ou à la pointe d’un roseau.

Ni religieux, ni rituels ces tableaux vivants n’obéissent qu’au style et à la fantaisie de leur auteur. Ce sont des abstractions constellées de petits soleils et de grandes étoiles, des rivières serpentant entre des étincelles, des masques pour rire, cachés sous un rideau de fleurs, des ombres ocre, gris cendre ou argile passant sur leur visage comme sur le museau de leur veau préféré.

Pour parfaire leurs compositions, les mômes se coiffent d’un rien – ici d’une guirlande de fleurs, de noix et d’herbes torsadées, là d’une grande feuille arrangée avec une gerbe de baies, ou tout simplement d’une touffe de fourrure aussi impériale que la couronne du Négus. Ces chefs-d’œuvre furtifs sont exécutés en une minute à peine, le temps que les pigments puisés dans le lit de la rivière ou les profondeurs de la terre sèchent sur la peau.